Yunicia Coucou

J’ai eu le plaisir d’interviewer Marcus Ze Boulet à la convention Geek Unchained 2021 qui s’est déroulée les 19 et 20 juin dernier. C’est la première fois que j’avais une accréditation presse pour mon blog et j’étais vraiment ravie de me rendre à la convention. Je vous ferai un petit article retour sur la convention très bientôt.

J’ai donc eu le plaisir de rencontrer Marcus que je suivais sur son émission Level One quand j’étais enfant. J’avais vraiment envie de le rencontrer en vrai et de pouvoir lui poser quelques questions pour mon blog, je vous propose donc de découvrir son interview que j’ai retranscrite.

Mais avant, juste un petit récapitulatif de qui est Marcus ?

C’est un jeune homme de 54 ans qui a fait carrière dans les jeux vidéo. Il a été rédacteur et pigiste pour des magazines de jeux vidéo, il a ensuite créé l’émission Level One sur Game One de 98 à 2002. Il a ensuite participé à la chaîne Nolife à partir de 2007, il est revenu sur Game One par la suite et aujourd’hui il fait partie de la Team G1. Il est aussi l’auteur d’une BD « l’intrépide » qu’il avait imaginé quand il était enfant. Il est également l’auteur d’ouvrages parlant du jeu vidéo « Nos jeux vidéo des années 1970 à 1990 » et « 1990 à 2000 ». Il a aussi participé au livre « Pixelmania ».

Je vais également vous expliquer pourquoi je tenais à faire cette interview. Pour moi, Marcus représente le grand frère qui partageait avec moi ses expériences de jeu vidéo au travers de la TV. Il me faisait découvrir de manière simple et drôle des jeux vidéo alors qu’à l’époque je n’avais pas les moyens de me les acheter et que mes parents n’étaient vraiment pas pour les jeux vidéo.

Aujourd’hui, après l’avoir perdu de vue après son départ de Game One, je l’ai retrouvé sur les réseaux sociaux et sur Twitch. J’avais très envie de le rencontrer en vrai pour le remercier pour ses émissions et pour lui poser plein de questions. Alors cette fois, c’est parti.

Yunicia Coucou

Moi : j’ai décidé de faire des portraits de personnes du jeu vidéo pour montrer que ce sont des gens tout à fait normaux et que les jeux vidéo peuvent devenir un métier.

Marcus : oui pour montrer qu’ils sont sains d’esprit… ce n’est pas facile à trouver, mais tu vas bien finir par en trouver quelques-uns.

Moi : À quel âge as-tu commencé à jouer ? Et dans quelle circonstance ?

Marcus : J’ai commencé à jouer à 11 ans. Mon papa avait ramené Pong. On jouait en famille et celui qui perdait devait faire la vaisselle. Ça me motivait à être fort, mais je ne l’ai jamais vraiment été.

Moi : Je n’ai pas eu le droit de jouer aux jeux vidéo avant mes 12 ans parce que mes parents voulaient absolument que mon frère ait 10 ans avant d’avoir des jeux vidéo à la maison.

Marcus : Ne pas avoir le droit de jouer au jeu vidéo avant 10 ans, c’est dur. Mais pourquoi ? Parce qu’il trouvait que ça rendait violent et idiot et associable ? Alors que tu es la preuve vivante que non.

Source image : gamopat.com

Moi : Je ne sais pas, c’est surement un peu ça. Ils m’ont toujours dit que les jeux vidéo étaient pour les enfants et les garçons… Et toi n’as-tu jamais eu de critiques dans ce style : que les jeux vidéo étaient pour les enfants et pas pour les adultes ?

Marcus : Non, mes parents n’étaient pas forcément gamers, mais ils aimaient bien ça. Mon papa aimait bien ça. Après Pong, on a eu une Atari 2600 à la maison. Mon Papa adorait « Snoopy et le Baron Rouge » donc il jouait avec nous de temps en temps.

J’ai surtout un oncle qui avait une « CBS colecovision ». C’est sur cette console que j’ai découvert Donkey Kong et les Schtroumpfs. Quand j’allais chez mon oncle, j’adorais y jouer parce que là CBS colecovision était assez chère et qu’on n’en avait pas à la maison. Donc à chaque fois qu’on allait chez mon oncle on jouait un petit peu.

Moi : Donc tu as été entouré de joueurs depuis tout petit ?

Marcus : Oui, c’est plutôt vrai. Je dirais que j’ai une famille qui n’est pas réfractaire en tout cas.

« Je viens d’une génération qui ne pouvait pas imaginer être journaliste de jeux vidéo. »

Moi : Du coup, tu t’es passionné pour les jeux vidéo assez vite. Comment as-tu décidé d’en faire ton métier ?

Marcus : C’est accidentel ou presque, parce qu’à l’époque ce métier, de testeur de jeux vidéo n’existait pas.

J’ai commencé en 89 il y avait quelques magazines : Tilt (premier magazine français entièrement consacré au jeu vidéo sur ordinateur et console), Hebdogiciel… Il y avait très peu de moyens d’informations : il n’y avait pas internet et aucune chaîne de jeux vidéo donc les seules sources, c’étaient les magazines.

Moi j’achetais Tilt, je l’ai découvert en 82 et je l’achetais tous les mois. Puis je suis parti en vacances à Chamonix avec mes parents pour aller faire du ski. Dans la petite librairie de la station, ils n’avaient pas Tilt, mais il y avait un magazine qui s’appelait Micro News (magazine de jeux vidéo français multiplate-forme) que je ne connaissais pas. Du coup je l’ai acheté en me disant on verra.

J’ai trouvé qu’il était bien écrit et que c’était drôle : quand les jeux étaient mauvais, ils n’hésitaient pas à les casser et il y avait un petit côté journalistique rigolo qui me plaisait beaucoup. Du coup, je me suis dit que je rachèterai le magazine. Puis en parcourant le magazine, à la fin de celui-ci, j’ai trouvé une petite annonce comme quoi il cherchait des journalistes. J’ai tenté ma chance et j’ai envoyé un test : « Roger Rabbit sur Amiga en 8 disquettes ».

Ils m’ont répondu positivement et m’ont expliqué qu’ils allaient me donner un autre jeu à tester. Il me donnait le jeu le lundi et je devais le ramener le vendredi avec un test. Si le test convenait, j’étais payé et je repartais avec d’autres jeux à tester. C’est comme ça que ça a commencé.

Je viens d’une génération qui ne pouvait pas imaginer être journaliste de jeux vidéo. Il n’y avait pas de carrière dans les jeux vidéo ou l’e-sports… Les jeux vidéo c’était Pong donc faire un magazine avec que Pong, ça paraissait un peu compliqué. Au départ je pensais travailler dans la publicité ou être clown (je pense que cette partie-là est réussite au final).

Donc je suis arrivée là un peu par hasard : si ce jour-là il y avait eu Tilt dans la librairie, je ne serais peut-être pas là aujourd’hui.

Moi : C’est plutôt cool, le hasard fait bien les choses. Une autre question : est-ce que tu as eu des remarques déplaisantes concernant ton métier dans les jeux vidéo ?

Marcus : Non, franchement j’ai toujours croisé des gens bienveillants qui acceptaient mon goût et mon travail dans les jeux vidéo.

La première année pour Micro News, j’étais pris CDI (oui à l’époque ça se faisait :p) et c’était vraiment génial. Pour mes parents, c’était un peu bizarre, mais j’étais en CDI et j’étais très correctement payé. Je faisais ce que j’aimais avec des gens que j’aimais. Du coup, mes parents m’ont soutenue. Ils ne m’ont fait aucun reproche sur le fait que mon travail concernait les jeux vidéo.

  • Un jour, je venais de finir mes études et mon papa m’a dit : « Tu vas faire quoi après ? »
  • Je lui ai répondu : « Ben écoute, ils me paient pour jouer tant que personne ne se rend compte de rien, je continue. »

Et 30 ans après, voir 40 ans, j’y suis toujours.

La seule remarque que j’ai eue c’est : « Ce n’est pas un métier. »

Moi : Après tu as créé et lancé ton émission, Level One sur la chaîne Game One que je regardais avec mon petit frère. On devait avoir entre 10 et 14 ans. Ton émission était super accessible. Peux-tu nous en parler ?

Marcus : L’idée c’était d’être vraiment au cœur du jeu. Une des bases de Level One venait d’une question : qu’est-ce qu’on fait quand on a un pote qui vient à la maison et qui veut savoir si un jeu est bien ou pas ?

La réponse est : tu l’invites à s’asseoir sur le canapé et tu lui proposes de jouer 20 minutes. Et 20 minutes après, il sait si ça vaut le coup ou non de l’acheter.

C’est la base de Level One avec quelques commentaires et beaucoup d’humour pour habiller le truc et combler les temps de chargement qui étaient assez longs à l’époque. J’étais obligé de meubler donc je racontais ma vie : que j’avais une 106 avec le toit qui fuyait… ça a tout de suite créé une proximité. J’ai toujours à cœur de parler aux gens à la télé comme on parle aux gens dans la vraie vie. Je n’ai jamais fait l’animateur et je n’ai pas cherché à être fort dans les jeux vidéo. De toute façon, je faisais 4 ou 5 jeux par semaine, je n’avais pas le temps de devenir fort sur quoi que ce soit. Sauf en perso sur les jeux que j’aimais vraiment.

Professionnellement, je devais passer rapidement d’un jeu à l’autre et je n’avais pas le temps de m’attarder sur chacun d’eux. En même temps, j’ai trouvé l’idée sympathique de se dire que pour une fois à la télé, il y avait quelqu’un qui était comme le spectateur voir moins doué. Parce qu’à la télé, ils sont tous beaux avec des dents blanches, riches, etc. Moi, j’ai les dents jaunes, un peu de bidou et je ne joue pas très bien. Je trouvais ça cool d’avoir ce genre d’animateur à la télé plutôt qu’une personne difficile à aborder ou dans laquelle on ne se retrouve pas.

J’ai des parents qui me disent : « Je ne joue pas au jeu vidéo, mais mon fils vous regarde alors je vous regarde avec lui et vos conneries me font bien marrer. ». Je trouve que c’est un beau compliment et je trouve ça vachement bien.

Moi : Et ça marche, pour mon frère et moi tu étais notre grand frère du jeu vidéo.

Marcus :  C’est exactement ça, et c’est ce que j’ai ressenti très vite.

Moi : Aujourd’hui, malgré le fait que tu sois « un adulte qui joue au jeu vidéo », tu continues quand même et c’est même ton métier. Est-ce que tu aurais un conseil aux jeunes qui veulent s’investir dans le jeu vidéo actuellement : blog, site d’actus ou un vrai métier ?

Marcus : Moi quand j’ai commencé, il fallait te présenter, postuler pour un magazine, une chaîne TV, etc. et c’est quelqu’un qui décidait pour toi si oui ou non, tu allais pouvoir rentrer et faire des trucs.

Aujourd’hui, heureusement, il n’y a plus ça et tout le monde peut allumer sa webcam et aller sur Twitch sans rien demander à personne et démarrer une carrière. Simplement, il y a des milliards de gens qui font ça donc, tu es en compétition avec des milliards de gens. Alors qu’à l’époque, quand j’ai commencé, si on était 50 en France à vivre du jeu vidéo c’était le bout du monde.

Aujourd’hui, il y a donc un côté « les portes sont ouvertes », mais il y a beaucoup de monde qui se bouscule à ses portes et c’est très, très difficile de percer… C’est très, très dur d’avancer.

Ça devient difficile d’avoir une personnalité ou une approche différente des autres : tout a déjà été fait dans le jeu vidéo, le rétro gaming, la performance… donc après, ce qui reste, c’est la personnalité des gens. Les YouTubers plus populaires sont tout simplement des gens qui sont sympas : on a envie que ce soit notre pote ou notre grand frère. On les suit parce qu’on a de l’affection pour eux.

Mais qu’est-ce qui fait que d’un coup tu deviens Squeezie ? C’est le hasard, les rencontres avec les gens, une communauté sympa… mais c’est totalement incontrôlable. C’est donc extrêmement difficile.

Je comprends qu’il y ait plein de gens qui ont envie de faire des Stream, des vidéos, etc., mais il n’y a qu’un très petit pourcentage de gens qui arrivent à en vivre sans parler d’être riche. Déjà, arriver à en vivre, c’était énorme et pas facile.

Si vous avez vraiment envie de travailler dans le jeu vidéo, lancez-vous, ça ne coûte rien de créer une chaîne Twitch, mais il ne faut pas le faire pour gagner de l’argent. Il faut le faire parce que ça vous amuse et que vous êtes contents de le faire. Si vous arrivez à gagner de l’argent tant mieux, mais il ne faut pas partir en se disant « je vais être influenceur… ».

Moi : Aujourd’hui, si je ne me trompe pas, tu es papa. Est-ce que tu partages ta passion pour le jeu vidéo avec ton fils ?

Marcus : Oui bien sûr ! Il a 4 ans et il me voit jouer depuis qu’il est tout petit. À partir de ses 3 ans, il a commencé à s’y intéresser, mais juste à regarder. Il ne voulait pas forcément jouer : il adore Oddworld par exemple qu’il a renommé : « le petit bonhomme avec les gros yeux ». Et Oddworld, c’est le premier jeu auquel il a joué et maintenant il joue vraiment bien. Pourtant, à 4 ans, ce n’est pas l’un des jeux de plates-formes les plus accessibles. Il est très motivé et il avance très très bien.

Bien sûr, il joue toujours avec moi, je suis toujours présent. Là, nous avons fini « The Pathless » qui est un jeu assez mignon dans un thème un peu japonais avec une petite fille qui possède un aigle. On y a joué 1h de temps en temps, peut-être 2 à 3 fois par semaine. Et là, on l’a fini. C’est la première fois qu’on finit un jeu tous les deux.

Nous avons aussi fait des point & click ensemble : « va parler à lui », « demande-lui machin »… c’est très mignon.

Et je suis très heureux de partager ça avec lui. Je sens que ça l’intéresse. Après il faut limiter le temps d’écran bien sûr, 4 ans c’est un peu tôt. Moi, je suis un peu un cas particulier, je peux difficilement lui interdire. Mais je limite et bien sûr a des jeux de son âge.

Yunicia adore !

Voilà,

J’espère que ce premier portrait de gamer vous aura plu.

Je remercie infiniment Marcus et son équipe qui ont été vraiment, vraiment adorables avec moi. Je n’ai qu’un tout petit blog, mais ils ont pris le temps : pour Marcus de répondre à mes questions et pour son équipe de m’avoir trouvé un créneau pour pouvoir le faire. Une belle équipe que je serai ravie d’interviewer à l’occasion d’autre portrait de gamer.

J’ai été ravie de vous rencontrer tous. Au plaisir de vous recroiser lors d’une nouvelle convention ou sur vos Lives et merci encore de votre accueil. J’ai vraiment été heureuse de vous rencontrer.